Fondation
Folon

Portrait

« Dans un ciel rose et sable, une bulle dansait. Une bulle, une terre… Légère comme une bulle de savon, mais grave et chargée de souffrance, comme une planète habitée. A l’intérieur, une silhouette appelait, les bras au ciel, tendait sa détresse étouffée au silence d’un regard… » Philippe Delerm, L’Envol

Il était une fois un rêve.

Comme une fleur restée intacte dans les gisements de la mémoire. Des images et des désirs en attente derrière les portes de l’enfance… Puis, un jour, le hasard a ouvert à Folon le parc aux rhododendrons que sa jeune imagination peuplait de merveilles. Epanchement de la vie dans le songe : le Château de La Hulpe n’était pas un mirage. Ce que Folon ne savait pas encore, c’est que ce lieu deviendrait un port d’attache pour les enfants de ses pensées : ses aquarelles, ses dessins, ses affiches, ses sculptures.

Au fil de ses voyages, de ses découvertes et de ses rencontres, le Domaine enchanté de l’Art s’est dévoilé à lui, un domaine hanté par James Ensor, Max Ernst, Paul Klee, Giorgio Morandi, …

« Dire la beauté sur la terre ». Etre un témoin émerveillé du monde, mais surtout débusquer son âme profonde, telle est la vocation de l’artiste. Dans Noces, Albert Camus a dit sa passion pour « l’immense décor où la tendresse et la gloire se rencontrent dans le jaune et le bleu. » Et d’ajouter : « C’est à conquérir cela qu’il me faut appliquer ma force et mes ressources. » Folon ne peut qu’acquiescer, lui qui évoque l’être-au-monde de l’aquarelliste comme une sorte de dialogue avec le papier, l’eau et les couleurs :  « Je couvre d’eau la surface de la feuille. J’y dépose des couleurs. Une couleur terre de Sienne brûlée s’ouvre dans l’eau. Les formes qui naissent évoquent un paysage mystérieux. Vous déposez un jaune intense. Une aube orange se lève. Les tons disparaissent. Vous quittez la Toscane pour Louxor. Vos couleurs emportent vos songes. Vous passez de l’Italie à l’Egypte en un instant… Tout devient rapport de couleurs. Vous devez prendre mille décisions. Vous déposez la feuille sur le sol. Les couleurs continuent de se mélanger. Vous êtes le premier spectateur de votre travail. »

Les images peintes sont plus que des objets de contemplation. Elles sont lieux de rencontre, d’accueil, de confidences. Les formes colorées regardent le passant. Elles cachent comme un secret : la vérité sommeille de l’autre côté du papier.

L’aquarelle permet l’envol des hommes-oiseaux au-dessus d’un champ de silence, à travers des ciels de lavande. Elle donne sa chance d’apesanteur à un funambule serein, son charisme à l’inconnu au regard d’étoiles, son insolite assurance au sphinx de basalte qui ouvre un œil de braise, sa force de persuasion à chacune des créatures étranges et familières qui veulent nous rappeler que tout n’a pas été fait pour rendre plus habitable et plus fraternelle la terre des hommes. Cette magie opère donc grâce au geste. Le trait juste. La prise de possession par l’eau des fibres où les tons se confondent et s’irisent. Les avatars de l’image qui résiste, se dérobe, puis s’abandonne sous les yeux de tous. Au terme du voyage imaginaire, l’espace intérieur s’est fait spectacle – et, plus encore, appel à la connivence.

Sculpter, c’est « tendre des pièges à la lumière ». Mais c’est aussi chanter la vie, avec ses drames, avec ses joies. Les oiseaux de Folon interrogent le ciel : envies d’envol. Ses bateaux se tournent vers la mer : appels du large. Si à Knokke, sur une plage de Belgique toutes les huit heures, la mer couvre l’homme que Folon a déposé sur une plage de son enfance, elle le laisse émerger dès qu’elle se retire. C’est, au gré du ressac, la vie toujours recommencée. La vie, « une saison d’homme entre  deux marées », disait Aragon. Travail de longue patience pour Folon, la sculpture ne trouve jamais son achèvement : « Les saisons continueront mon travail, dit-il, et lui donneront les couleurs du temps. » En pensée, il rejoint ainsi César, confident invisible mais présent, attaché comme lui à recréer la matière, à la doter d’une essence poétique.

A mille milles de toute terre habitée, Folon a rencontré le petit Prince. Il ne lui a pas demandé de dessiner un mouton. Il lui a lancé un défi : « S’il te plaît, dessine-moi la vie ! » On connaît la suite. Elle vaut bien un détour du côté de La Hulpe. Pour les visiteurs de la Ferme du Château, les couchers de soleil prennent une douceur particulière. Peut-être parce que, la tête et le cœur rassasiés d’images, ils peuvent lire dans l’opale, l’orange et le mauve de l’aquatinte céleste comme une évidence : le bonheur d’exister…

André Leick